• Thibault Lnr

« On The Road Again » à la recherche de l’or vert.

Mis à jour : mars 23

Cette année vous avez certainement eu la chance de découvrir la finesse du café de la coopérative Sanchirio Palomar.

Si ce n’est pas le cas, rien de grave, votre palais n’est pas rancunier, vous pouvez toujours vous faire plaisir ici.


Une douceur en bouche, des notes de cacao, une acidité fine, un équilibre, bref de quoi enthousiasmer vos exigeantes papilles.

Quant à son secret de fabrication ? Il n’a rien de secret, ni de miraculeux, il est lié à l’expertise et au savoir-faire d’agriculteurs dévoués à sublimer votre habituel café du matin.

Je vous invite à découvrir ou re-découvrir le secret d’un café de qualité en 3 min, en vidéo ici ou sous forme d’article ici.


Pour ceux qui n’ont pas le temps, on récapitule :

  1. La haute altitude (+ de 900 mètres ) pour la finesse de l’arôme.

  2. Des variétés sélectionnées sur le lieu de culture par les agriculteurs.

  3. Aucun pesticides.

  4. Un couvert végétal pour la fraîcheur (agriculture sous ombrage).

  5. Des techniques de fertilisation naturelle (composts, bokashi, etc…).

  6. De l’huile de coude pour l’entretien et la récolte manuelle.

À Julien et moi, notre métier c’est donc de vous dégoter un café produit selon ces critères, d’aller à la rencontre de hommes et des femmes qui le cultive, et de vous proposer de le développer ensemble.



DEVINETTE :

Ou trouve-t-on des cultures de café de haute altitude cultivés selon les critères exposés ci dessus ?


Réponse : en Amérique Latine et au Mexique notamment.

(ainsi que dans d’autres pays d’Afrique mais cela nous le découvrirons ensemble plus tard)



Bienvenido en la Huesteca Potosina !


Cette année, j’ai donc refais mon sac pour aller découvrir une des régions de production de café la plus au nord de la planète, (Oui, Monsieur !) la "Huesteca Potosina", aux confins de l’état de San luis Potosi, au Mexique.



J’y ai fait une superbe rencontre, en la personne d'Alejandro. À la petite bande d'amateur de café que nous étions ce jour là Alejandro a donné le sourire. C’est un passionné inarrêtable qui a passé sa carrière à aider des producteurs de café à travers le monde, au Salvador, au Chiapas, au Veracruz. Sa spécialité c’est l’agronomie. Il connaît bien les plantes et les interactions.

Saviez-vous qu’en plantant des cacahuètes au pieds des plants de café, on favorise la rétention d’azote dans le sol indispensable à sa croissance ? Voici le genre de sujets qu’il a évoqué, il est une véritable encyclopédie vivante.



C’est donc avec ses humbles connaissances, qu’il entend fédérer et valoriser les petits producteurs de sa région en cultivant du café de spécialité. Car si le café se produit dans cette région depuis des décennies, la chute des cours des années 90 et 2000 a entrainé l’exode rural de beaucoup d’agriculteurs de la région laissant les terres en friche et un grand vide dans la transmission du savoir faire.

Il y a beaucoup à refaire, et ce n’est pas une mince affaire.

Nous allons bien évidemment suivre de très prêt ce projet.




Le Chiapas


L’état qui fait figure de référence pour la production de café biologique, c’est le Chiapas.

J’ai donc profité de ce voyage pour renouer le contact avec deux coopératives.


Reserve de la biosphère, Sierra Madre

La première coopérative se situe dans le massif volcanique de la Sierra Madre, un écosystème totalement préservé à l’extrême sud pays où toute les conditions sont réunies pour produire un excellent café bio.


Je vous laisse juger par vous même 🙂.


Los Altos

La deuxième coopérative se situe dans le massif de Los Altos. C’est la toute première coopérative équitable de petits producteurs à laquelle j’ai eu l’occasion d’exposer le projet de La Tribu et que j'ai pu visiter en 2017.

Une escapade inoubliable à quelques heures de la capitale culturelle de l’état, San Cristobal de las Casas.

Au petit matin du 11 octobre 2017, j’embarquais à 6h30 dans une Golf rouge de 1992 pour une journée de visite qui restera gravée dans ma mémoire.

C’est le responsable agricole de la coopérative qui se chargea de m’emmener, loin, dans les lacets du magnifique massif montagneux de « Los Altos » au nord de la ville.

Les paysages sont à couper le souffle, la chaîne de montagnes s’étend à perte de vue.



Des petits hameaux bordent les routes, les femmes portent les textiles traditionnels de la région : une jupe en laine noire et des broderies de couleurs.

À mesure que nous roulions, je pouvais parfois apercevoir quelques symboles de l’EZLN (Armée Zapatiste de Libération Nationale) à l’entrée de certains villages ou au bord des routes. Je comprenais que nous entrions dans les zones Zapatistes des plateaux de Los Altos, une région connue pour être le fief de l’Armée Révolutionnaire de Libération Nationale. Chose que j’ignorais…

Mon compagnon de route me confia alors qu'avec lui je ne risquais rien, car nous avions une raison d'être là et j'étais accompagné par un cadre de la coopérative, mais qu'aux abords de certains villages il valait mieux que je range mon discret trépied et mon appareil photo reflex que je m'étais installé entre les jambes pour filmer la route !


Il m'expliquait alors que certains villages s'étaient déclarés totalement autonomes à la suite des négociations avec le gouvernement Mexicain. Ils sont ainsi fermés au public et gardés pour éviter toute incursion du gouvernement local. Seuls les touristes peuvent y accéder.


Au terme de 3 heures de routes sinueuses, nous sommes finalement arrivés à la petite usine de transformation de la coopérative. J’eu alors la grande surprise de faire la connaissance de tous les membres du conseil d’administration, moi qui m’attendais à effectuer une simple visite avec le responsable commercial.



Je me retrouvais dans une petite salle de réunion, entouré d’une dizaine de personnes qui rigolaient entre eux dans un dialecte qui m’était alors inconnu et qui me semblait contenir vraiment beaucoup de consonnes, le Tzotzil.


Le Tzotsil est une langue d'origine Maya parlée par l'ethnie du même nom de la région de Los Altos.


Le silence rompu alors l’agitation, le Président démarra les présentations.

Il se présenta alors comme élu pour l’année de cette coopérative fondée en 1999 par une organisation civile, le mouvement des Abeilles ou « Las Abejas » en espagnol.

J’appris alors que cette coopérative fut fondée « grâce à Dieu et les conseils de l’évêque de San Cristobal de las Casas » suite au macabre épisode du 22 décembre 1997, l’exécution de 45 de leurs frères dans le petit village d’Acteal par les paramilitaires pendant le conflit armé des années 90*.


Je m’attendais à tout, sauf à cela. Il faut dire que nous nous trouvions dans ce même village et qu'une relative émotion gagnait alors la petite assemblée.

L’atmosphère était très solennelle voire tendue, chacun se leva et se présenta.

Je présentais à mon tour le projet de La Tribu et je dois avouer qu'à se point culminant de la réunion je n'en menais vraiment pas large. Entre la triste mise en contexte et cette assemblée qui, bras croisés, me regardait expliquer l'initiative avec mon espagnol quelque peu précaire... Enfin, je n'avais pas fait un si long chemin pour me débiner, j'expliquais donc la raison de ma présence et insistais sur l’importance de créer des produits qui nous permettent de nous rapprocher de ceux qui travaillent la terre et y qui consacrent leur vie. Un grand sourire, de chaleureux remerciements et nous sortions tous détendus, enfin surtout moi...


Nous reprenions la voiture et dans le fond d’une vallée, au terme d’une longue marche, je découvrais enfin les plants d’arabicas bio, murs, cultivés sur 1 ou 2 hectares, récoltés manuellement par trois générations présentes ce jour-là : la grand-mère, la mère et l’ainé des enfants.



L'ambiance était à la rigolade. Avec passion et fierté, tout le groupe participa aux explications sur les techniques agricoles bio utilisées.


Cette visite m’illustra toute la réalité ce que sont des « petits producteurs » : seulement 2 hectares de caféiers plantés à 1400 mètres d’altitude, au milieu des bananiers et agrumes, quelques plants de maïs, le tout à 3 heures de routes de la première ville.

Inutile de vous faire un dessin. Avec cette configuration, le pouvoir de négociation est bien maigre face aux prix imposés par les coyotes (intermédiaires locaux) et la bourse.

Grâce à leur coopérative et la labellisation équitable, ces petits producteurs peuvent valoriser entre 3,7 et 4,8 euros le kilo de café vert, quand la bourse (qui ne cesse de baisser depuis un an) n'en demande aujourd’hui que 1,8 € le kilo.


C’est dans ce massif isolé au contact de ces producteurs que s’est scellé le projet de La Tribu, c’est pour vous raconter l’histoire des ces gens là et de ces cafés équitables et bio là que nous avons développé ce projet.

Vous imaginez donc la grande joie et fierté que j’ai éprouvé ce mois-ci quand je leur ai raconté l’aventure que nous avons vécue depuis, fin 2018, en réussissant à créer tous ensemble La Tribu.


Tout cela pour vous dire que je ne rentre pas les mains vides !



Je rentre avec 3 nouveaux échantillons de café vert de haute altitude et 100% bio pour une nouvelle dégustation avec notre torréfacteur préféré et, qui sait, peut-être un nouveau café bio La Tribu.

Vous ne connaissez pas notre torréfacteur M. Hauguel ? Nous vous présentons ici.


En attendant, je vous souhaite une bonne dégustation du café La Tribu et à très bientôt pour de nouvelles aventures.


Thibault



Notes :


*En 1993 l’EZLN déclara la guerre à l’armée Mexicaine. S’entama alors un bras de fer qui déchira la région jusqu’à la fin des années 90.

L’objectif de l’action était notamment de défendre les droits économiques et politiques des paysans indigènes, après des années de vaines tentatives pacifiques. Le Chiapas, si riche de ressources naturelles, est l’un des états les plus pauvres du pays et majoritairement composé d’ethnies indigènes, descendantes des Mayas. C’est dans ce contexte de précarité et d’isolement que s’installa alors la révolte.


Pour l’endiguer, le gouvernement arma et forma d’autres communautés indigènes au maniement des armes : des paramilitaires formés pour lutter contre le mouvement révolutionnaire.

Dans ce contexte, une communauté opta pour la neutralité et forma une organisation civile pacifique, le mouvement des abeilles « Las Abejas ».

Cette neutralité fermement déclarée et cette absence de position ferme contre le mouvement révolutionnaire fut interprétée par les paramilitaires, comme une forme de complicité. En représailles, 9 hommes, 20 femmes et 16 enfants de l’association Catholique d’Acteal, alors en prière à l’église, furent froidement exécutés en contre-bas du petit village par les para-militaires le 22 décembre 1997.

En réponse à ce massacre de leurs « frères et sœurs » et sous l’impulsion de l’évêque de San Cristobal de Las Casas, les membres du Mouvement des Abeilles, producteurs de café pour la plupart, décidèrent de sortir de cette crise en formant une coopérative de production permettant de prendre en main les problèmes économiques et sociaux que ce conflit armé avait pour objectif de résoudre.



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